On vous a vendu la voiture électrique comme « propre ». La réalité, c'est qu'elle carbure à un métal bleu foncé extrait, dans 70 % des cas, dans le sud du Katanga. Ce métal s'appelle le cobalt. Et sans lui, aucune Tesla, aucun iPhone, aucun ordinateur portable ne fonctionne à densité maximale.
Un métal, un pays
La République démocratique du Congo produit à elle seule environ 170 000 tonnes de cobalt par an, soit près de 70 % du total mondial. Aucun autre métal industriel n'a une concentration géographique aussi extrême — pas même le pétrole saoudien à son apogée.
- RDC : ~170 000 t/an (70 %).
- Indonésie : ~28 000 t (en très forte hausse, co-produit du nickel).
- Australie : ~5 900 t.
- Philippines, Canada, Russie, Cuba : le reste.
Deux mines pour un monde
Sur les grandes mines industrielles congolaises, deux acteurs dominent : le suisse Glencore (mines de Mutanda et Katanga Mining) et le chinois CMOC (Tenke Fungurume et surtout Kisanfu, rachetée à Freeport en 2020). À eux deux, ils contrôlent la majorité de la production industrielle. Mais le vrai particularisme congolais, c'est la mine artisanale.
Entre 15 et 25 % du cobalt congolais est extrait par des « creuseurs » — 200 000 personnes environ. Ils descendent dans des puits non étayés pour remonter des sacs de minerai qu'ils revendent quelques dollars à des intermédiaires. Ce cobalt « artisanal » se mélange ensuite au cobalt industriel dans les mêmes fonderies.
La Chine, deuxième pays du cobalt
Le cobalt brut ne sert à rien. Il doit être raffiné, transformé en sulfate ou en hydroxyde, puis en précurseurs de cathodes. Or ce raffinage est presque entièrement chinois : la Chine contrôle environ 80 % du raffinage mondial du cobalt. Le minerai part de Kolwezi, arrive au port de Dar es Salaam ou de Durban, embarque vers la Chine, et ressort sous forme de sels utilisables par les fabricants de batteries.
« La RDC extrait le cobalt. La Chine le raffine. Nous, nous l'achetons cher, sous forme de voitures et de smartphones. » — analyste Benchmark Mineral Intelligence, 2023
Peut-on s'en passer ?
Les industriels essaient. Les chimies LFP (lithium-fer-phosphate), popularisées par CATL et BYD, ne contiennent pas de cobalt. Elles équipent déjà 40 % des voitures électriques vendues en Chine et près de la moitié des Tesla Model 3 « standard range ». Mais elles ont une densité énergétique 20 à 30 % inférieure. Pour le haut de gamme, on utilise encore les chimies NMC/NCA — donc du cobalt.
La demande mondiale devrait passer de 200 000 t en 2024 à environ 400 000 t en 2030. La RDC restera indispensable.
Ce que ça révèle
Le cobalt est le miroir le plus honnête de la transition énergétique : elle ne supprime pas la dépendance aux matières premières, elle la déplace. Le baril de pétrole disparaît ; le sac de cobalt le remplace.


