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Gallium & germanium : les deux métaux avec lesquels la Chine peut éteindre les puces

En 2023, Pékin a restreint l'export du gallium et du germanium. Personne n'a compris. Ces deux métaux quasi-monopolisés par la Chine sont indispensables aux radars militaires, aux fibres optiques et aux semi-conducteurs de nouvelle génération.

7 mai 2026·8 min de lecture·Par la rédaction STRATES
Gallium & germanium : les deux métaux avec lesquels la Chine peut éteindre les puces

Le 3 juillet 2023, le ministère chinois du Commerce publie un communiqué de trois paragraphes. À partir du 1er août, les exportations de gallium et de germanium — et de leurs composés — seront soumises à licence, « pour protéger la sécurité et les intérêts nationaux ». Personne ne réagit vraiment. C'était pourtant, dans l'ombre, l'un des coups les plus précis de la guerre technologique entre Pékin et Washington.

Deux métaux dont vous n'avez jamais entendu parler

Le gallium (Ga, n° 31) est un métal mou, argenté, qui fond dans la main à 29,8 °C. Le germanium (Ge, n° 32) est un semi-métal cassant, gris argenté. Aucun des deux ne se trouve seul dans la nature : ce sont des co-produits — le gallium sort du raffinage de l'aluminium (à partir de la bauxite), le germanium sort des mines de zinc et de charbon.

La production mondiale est minuscule :

  • Gallium : environ 550 tonnes par an. La Chine en produit ~98 %.
  • Germanium : environ 140 tonnes par an. La Chine en produit ~68 %.

Ce que ces métaux permettent

Ce ne sont pas des matières « lourdes ». Ce sont des enablers. Sans eux, plusieurs technologies critiques deviennent tout simplement impossibles à produire à l'échelle.

Gallium

  • Nitrure de gallium (GaN) : la chimie qui remplace le silicium dans les amplificateurs de puissance — radars militaires 5ᵉ génération (AESA), stations de base 5G, chargeurs ultra-rapides, systèmes de guerre électronique.
  • Arséniure de gallium (GaAs) : puces des téléphones, GPS, communications satellites.
  • LEDs bleues et blanches — sans GaN, pas d'éclairage LED moderne.

Germanium

  • Optiques infrarouges : caméras thermiques, lunettes de vision nocturne, systèmes de guidage de missiles.
  • Fibres optiques : le germanium dope le cœur en silice pour transporter la lumière sur des milliers de kilomètres. Sans germanium, pas d'internet longue distance.
  • Cellules solaires spatiales (satellites, sondes).
  • Puces SiGe pour les transmissions radiofréquences ultra-rapides.

Le levier chinois

La Chine ne contrôle pas ces métaux par hasard. Depuis vingt ans, Pékin a méthodiquement racheté ou construit les capacités de raffinage : à Huludao (germanium), à Pingguo et Guiyang (gallium). Les producteurs occidentaux — l'américain 5N Plus, le belge Umicore — sont marginaux.

La restriction de 2023 n'était pas un embargo. C'était un signal. Message envoyé aux États-Unis, au Japon et aux Pays-Bas (les trois pays qui contrôlent la lithographie EUV via ASML, Nikon et Tokyo Electron) : si vous nous coupez l'accès aux machines à graver les puces, nous vous coupons l'accès aux briques élémentaires. Résultat immédiat : les exportations chinoises de gallium ont chuté de 50 % au second semestre 2023, les prix européens ont doublé, et plusieurs contrats militaires (radar Patriot, F-35) ont dû activer des stocks stratégiques.

« Le gallium et le germanium sont les shots d'insuline de l'industrie des semi-conducteurs. Vous en avez besoin en petites doses, mais vous en avez besoin tous les jours. » — CSIS, rapport 2023

Peut-on se passer de la Chine ?

Techniquement oui, économiquement non — pas avant 2030. Les projets alternatifs existent :

  • Nyrstar a annoncé la relance d'une ligne de germanium en Tennessee.
  • Rio Tinto et Rusal pourraient récupérer du gallium sur leurs alumineries.
  • Le recyclage à partir des scraps de LED et de fibres reste marginal (moins de 10 % de la demande).

Le problème n'est pas géologique : le gallium et le germanium ne sont pas rares dans la croûte terrestre. Le problème est industriel. Le raffinage exige des installations complexes, non rentables tant que la Chine inonde le marché à bas prix — ce qu'elle a fait pendant deux décennies, précisément pour tuer la concurrence occidentale.

Ce qui va se passer

Les États-Unis ont ajouté le gallium et le germanium à la Defense Production Act. L'Europe les a classés « matières premières critiques » dans le CRMA de 2024. Mais le temps de construire de nouvelles capacités, la Chine gardera son levier au moins jusqu'en 2028-2030. Chaque restriction supplémentaire — car il y en aura d'autres — se traduira par des pics de prix, des ruptures d'approvisionnement militaires, et une pression maximale sur les industriels de la défense.

Personne ne parle du gallium. Personne ne parle du germanium. C'est précisément pour cela qu'ils sont si efficaces comme armes.

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