De A à Z : la matière

Cuivre : le sang de la transition électrique

Sans cuivre, aucun électron ne circule. La demande va doubler d'ici 2035. La production, non. Voyage dans la matière qui décide qui s'électrifie.

18 juin 2026·8 min de lecture·Par la rédaction STRATES
Cuivre : le sang de la transition électrique

Le cuivre est le sang de la transition énergétique. Sans lui, aucun électron ne circule. Aucune éolienne ne tourne. Aucune Tesla ne démarre. Aucun data center ne s'allume. Et pourtant, à l'horizon 2035, il pourrait manquer 10 millions de tonnes de cuivre par an à la planète — soit l'équivalent de la production annuelle du Chili, du Pérou et du Congo réunis.

Pourquoi le cuivre est irremplaçable

Le cuivre a un avantage physique qu'aucun autre métal courant ne possède : c'est le meilleur conducteur électrique après l'argent, à un prix industriel. On ne le remplace pas. On ne le miniaturise pas. Chaque kilowatt-heure transporté sur Terre passe par du cuivre.

  • Voiture thermique : 20 kg de cuivre
  • Voiture électrique : 80 kg
  • Bus électrique : 370 kg
  • Éolienne terrestre : 3 à 5 tonnes
  • Éolienne offshore : 15 tonnes
  • 1 km de câble haute tension : environ 4 tonnes
  • Data center IA moyen : plusieurs milliers de tonnes

Le problème : on ne trouve plus de gisements

Depuis 2010, les majors mondiaux (BHP, Rio Tinto, Freeport, Glencore, Codelco) ont dépensé plus de 200 milliards de dollars en exploration. Résultat : la découverte de gisements majeurs s'est effondrée. Les meilleurs gisements ont déjà été trouvés au XXᵉ siècle. Ceux qui restent sont plus profonds, moins concentrés, plus polluants.

La teneur moyenne des mines chiliennes est passée de 1,4 % à moins de 0,6 % en 30 ans. Il faut désormais bouger plus du double de roche pour produire la même quantité de métal.

« Le monde n'a jamais construit assez de mines de cuivre pour supporter à la fois la transition énergétique et la révolution de l'IA. Il faudrait ouvrir une nouvelle mine de la taille d'Escondida tous les ans. » — Robert Friedland, Ivanhoe Mines, 2024

La géographie du cuivre

  • Chili : 24 % (Codelco, BHP Escondida — la plus grande mine du monde)
  • Pérou : 10 %
  • RD Congo : 10 %, en forte hausse
  • Chine : 8 % de la mine, mais 45 % du raffinage mondial
  • États-Unis : moins de 5 %

Les nouveaux fronts

  • Le Copperbelt africain (Zambie, RD Congo) devient le nouveau cœur de la production.
  • Les grands fonds océaniques : nodules polymétalliques du Pacifique (Zone de Clarion-Clipperton). L'Autorité internationale des fonds marins vient d'autoriser un premier cadre d'exploitation en 2025.

Ce que ça révèle

Le cuivre est la matière qui met en mouvement le monde électrifié. Sans lui, ni Model Y, ni éolienne, ni climatiseur, ni chargeur. Chaque grammage de "vert" qu'on ajoute au monde coûte quelques grammes de cuivre. La prochaine crise ne viendra pas des puits — elle viendra des mines à ciel ouvert de l'Atacama et du Katanga.

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